Quand j'ai besoin d'écrire mon journal, c'est sous forme de lettre que je le rédige, adressée à une personne réelle ou imaginée. Celle qui suit t'es destinée, parceque je voulais faire une mise au point sur ma situation actuelle et les raisons de mon comportement (mise au point que j'ai pu développer par la suite au cours de converss'). Mais étant partie de mon journal, je ne pensais pas te l'envoyer. Seulement je me rend compte que je te dois vraiment des explications, et que je ne peux continuer ainsi puis me stabiliser sans susciter d'interrogations. Je n'ai pas épuré le texte, ni fait de rajout.
Bien que je t'adore, tu m'agaces parfois et je m'explique içi. Cela éclairera quelque peu ta compréhension, enfin je l'espere, mais ca ne m'excuse pas et tu m'en vois désolée.
Boulogne, le 27 Janvier 2004
T’arrives t-il de relire mes lettres, de les voir avec les éléments apportés depuis, et d’y trouver soit un tissu de mensonge, soit l’illustration de ma personnalité changeante et lunatique ? Je viens de le faire, et bien sur je sais que je n’ai pas menti, j’étais sincère en t’écrivant, mais je me demande pourquoi te les ai-je donné en sachant que sous peu je changerais.
Par certaines phrases, j’avais déjà prémédité l’avenir ; d’autres ont pris tout leur sens à mes yeux. « Que je sois ac toi ou pas, ca ne changeras pas les sentiments que j’éprouve et l’importance que tu as pr moi. » C’était vrai ; rompre n’a pas suffi à me faire t’oublier, d’ailleurs ce n’était pas le but.
Je vais m’excuser içi, même si tu n’es pas réellement destinatrice de cette lettre, de mes attitudes présentes et futures. Encore plus lunatique, passant du franc sourire à la plus complète négligence voir un comportement désagréable, je ne peux empêcher ces sautes d’humeur, et j’en suis désolée, en premier lieu pour moi, et ensuite pour les désagrements que cela pourrait te causer, ou l’incompréhension que je susciterais. Je sais que tu n’apprécies pas les personnes aux humeurs variantes, et dans les prochains jours tu vas sûrement me détester.
Seulement voilà, je ne t’aime plus. Pouvoir enfin dire cela est comme une libération mais ne m’apporte aucune satisfaction. Et j’en viens presque à regretter. Il y a un vide dans mon cœur : entre ce que tu représentais pour moi, et ce que tu es à présent, c’est tout un monde qui s’écroule, et j’ai du mal à m’habituer à son absence.
Lorsque j’écrivais : « Tu hante mes reves - ms ca ce n’est pas nouveau - ; mes pensées vont et s’en vont perpetuellement, ms reviennent tjr à toi ; au reveil, tu es la 1ère personne à qui je pense, et ma seule motivation pr me lever et savoir que je te verrais au lycée ; […] mes journées sont rythmées par ce petit nom qui trotte sans cesse ds ma tête, à m’en donner le tournis : « vivi »… », C’était ma réalité. Un monde insensé vivait dans mon esprit, tu l’occupais en permanence. Et ce fut ainsi jusqu’à un temps très récent.
Pourquoi me suis-je reveillé un jour sans que la première idée qui me vienne à l’esprit te concerne ? Comment ai-je réussi à ne penser à toi qu’à partir du moment où je t’ai vu en classe ? J’ai tenté tant de fois de t’effacer dans mon cœur, chaque tentative s’étant soldé par un échec, je commencais à desesperer ; et un matin j’ai réalisé que c’était bel et bien fini.
Je ne devrais pas trop m’avancer, sachant que je t’ai déjà aimé auparavant, puis oubliée, et mes sentiments sont revenus quelques temps plus tard. Je ne voudrais pas que mon amour soit par vagues successives et ininterrompus de flots de sentiments, et être à nouveau en proie aux mêmes tourments. Mais aujourd’hui je crois avoir atteint le point de non retour.
Je ne me suis toujours pas expliquée de mes brusques changements d’humeurs. Tu en as déjà eu un exemple samedi dernier, bien que je ne sache pas si tu l’as remarquée ou non. Mais je ne parviendrais pas à expliquer clairement cela. J’en viens parfois à être agacée, voir même énervée par ta seule présence, et cela est difficilement justifiable. Je ne comprend guère moi-même, sinon que mes critiques sont adressés à moi-même, tu n’en es pas la cause, mais l’objet. Comme si je m’en voulais d’avoir arreté de t’aimer, de ne pas contrôler mes sentiments et de les avoir si versatiles, de ne pas pouvoir me fier à ce que me dit mon cœur, sachant qu’il n’est jamais constant et changera d’avis un jour ou l’autre. Je t’en veux aussi, je sais c’est absurde mais quelque part, je te reproche de ne plus me faire ressentir les mêmes émotions, de ne plus me faire rêver, de ne plus faire battre mon cœur.
Tout ceci n’est pas raisonné, mais je ne peux réfrener ces délires, dernier tumultes de cette histoire, je l’espère en tout cas pour ma part. J’ignore si c’est courant comme réaction mais un ami qui partage mes pensées, mon esprit, qui m’est semblable quand il s’agit de sentiments a pu me comprendre pour avoir vécu la même chose. Ce qui me laisse esperer que bientôt viendra le temps où tout mes sentiments, positifs ou négatifs, à ton égard, seront apaisé est qu’il a dépassé ce stade avec son ex-amour.
Pour en revenir aux lettres, j’avais esquivé la question : « suis-je prête à m’investir [dans notre relation] ? » par crainte « d’etre déçu, de te décevoir, de ne pas trouver de réponse aproprié ou tt simplement d’avoir une réponse correct ms éphemère. » Je crois que ma réponse aurait été négative, c’est ce que je comprends en lisant que je t’aurais déçu ; et je me décevais par la même occasion, car j’aurais souhaité qu’il en soit autrement. Je ne connais pas exactement toutes les notions qui se rattachent à se verbe, s’investir, mais je rejette tout ce qu’il pouvait signifier. Plus haut, je disais que je m’en voulais, et à toi aussi, puisque en fait tu m’as apporté la preuve de mon incapacité à savoir aimer. Une lettre que tu n’as pas reçu parlait en ces termes d’une facette de ma personnalité : « de mon coté obscur, l’être en moi qui crit et pleure son autorité perdue et que je veux baillonner » mais je n’ai pas réussi, c’est toujours lui qui domine… Dans cette même lettre je décelais « certains malaises [qui] sont si enfouis que je n’arrive pas vraiment à les discerner – je les ressens juste -. » Et je me rends compte à présent qu’ils ont pris le dessus sur mes sentiments.
Il n’y a pas que toi que j’ai réussi à oublier ; je t’ai dit que mon cœur est vide à présent, cela suppose que nul autre n’a pris ta place, et que toutes ont également perdues la leur. C’est curieux, cela fait des années qu’au moins une fille occupe mes pensées et mes rêveries, et j’arrive à une situation inédite pour moi où je n’aime personne. C’est cela aussi qui me perturbe. Je croyais que dans mon cœur il y en avait toujours une qui, pour partir, devait ceder sa place à une autre (ou quelquefois cohabiter), et jusqu’içi j’avais toujours fonctionné de la sorte. Lorsque j’ai dit à C. que je ne t’aimais plus, elle m’a demandé qui t’avais remplaçé ; « personne » ai-je répondu, et l’idée d’avoir l’esprit libre de toute occupation sentimentale représentait pour elle un soulagement. J’étais d’accord avec elle, dans la théorie, mais je me rend compte que c’est comme un manque qui se creait. Un prénom suffisait à faire naitre une lueur dans mes yeux, un sourire sur mes lèvres. Même si l’amour m’a causé plus de tourments que de bonheurs, j’avais l’impression de vivre pour quelqu’un, ou du moins de vivre quelque chose.
Mais tout comme on ne peut se forcer à oublier quelqu’un, je ne peux m’obliger à aimer. Et puis, reflexion faite, pour le moment c’est comme si mon cœur était en jachère et je pourrais cultiver mon prochain amour sur une base fertile. Je rencontrerais, dans quelques années j’espère pour lui laisser le temps de souffler, une personne qui le fera à nouveau vibrer.
En attendant, je peux me consacrer à d’autres priorités, peut-être est-ce cela que C. supposait. Les personnes qui comptent le plus pour moi aujourd’hui sont mes véritables amis, et tu occupes toujours une des premières places. Mais bien que je t’adore, je ne vais pas revenir sur le fait qu’il arrive que tu m’insupportes. L’une des priorités est alors de dépasser ce stade, et passé cette période, faire table rase de tout cela pour enfin vivre une amitié simple (si cela peut encore exister).